Voilà sans doute la question la plus difficile que l’on puisse poser à un médiateur. Et pourtant, si l’on considère que vous allez le payer pour vous aider à résoudre votre conflit, il serait peut-être bon de savoir en quoi ce personnage se considère utile…
En ce qui me concerne, je considère que mon rôle est de bien comprendre comment vous faites pour ne pas trouver « entre vous » la solution à votre problème. Il ne s’agit pas de trouver votre point de désaccord (celui-là vous le connaissez mieux que moi), mais bien ce qui fait, dans votre manière de tenter de le résoudre, que vous n’y arrivez pas. Vous me direz que vous n’y arrivez pas parce que justement vous n’êtes pas d’accord…
Il reste une évidence: une forme de réalité va s’imposer à vous. Cette réalité, vous pouvez la « désirer » tellement que vous finissez par croire que votre désir est la réalité (en fait, ce désir ne pourra jamais être plus que « votre » réalité). Si vous faites ce choix, il existe peu de possibilités:
- soit votre partenaire vous rejoint dans votre désir, et vous n’avez besoin ni de juge, ni de médiateur: vous avez une solution qui fonctionne;
- soit votre partenaire ne vous rejoint pas dans votre désir mais ne désire pas se confronter et il abandonne toute demande de son côté: vous obtenez ce que vous voulez, mais vous devrez le gérer avec une personne qui souffrira sans cesse de la frustration de ne pas voir ses propres besoins rencontrés;
- soit votre partenaire ne vous rejoint pas dans votre désir et tout comme vous veut que son désir soit reconnu ou est convaincu que « son » désir est la réalité, et vous vous enfoncerez dans un combat judiciaire qui risque de vous épuiser financièrement et émotionnellement l’un et l’autre;
Je rencontre régulièrement des parents qui me disent « je sais que je vais me détruire, que cela va me ruiner, mais [pour la bonne raison ...] il n’est pas question que je fasse autrement ».
Si vous choisissez cette option, si vous vous reconnaissez dans ce schéma, il est clair que vous perdrez du temps et de l’argent en médiation; il est tout aussi clair pour moi que confronté à une telle situation, comme médiateur, je considère que mon travail est instrumentalisé pour servir une autre cause, celle du combat des partenaires. Dès lors que je pose ce diagnostic, je me dois de mettre fin à la médiation.
Il faudra bien un jour ou l’autre accepter que la réalité de l’autre a autant sa place que la votre dans la solution
C’est cela qui est terrible dans la médiation, et c’est cela qui déclenche la solution: ni vous, ni votre partenaire ne détenez la solution. C’est très difficile à admettre, surtout lorsqu’on regarde les conséquences. Vous n’obtiendrez pas ce que vous pensiez que votre vision du futur vous octroyait. En clair: Vous aviez une vision bien définie de ce dont vous et vos enfants (en médiation familiale), vous et votre entreprise ou votre famille (en médiation commerciale) alliez obtenir si vos besoins étaient rencontrés. Après la médiation, tout aura été mis en oeuvre pour que vos besoins soient rencontrés, mais vous aurez sans doute obtenu quelque chose de différent.
Le premier travail du médiateur, c’est de vous (ré-)apprendre à communiquer.
Si vous pouviez discuter sereinement et trouver en discutant une solution à votre problème, vous n’auriez pas besoin d’un médiateur. Un notaire tout au plus serait utile pour enregistrer les termes de votre accord, ou un juriste pour les mettre en formes. Comment se fait-il que lorsque vous essayez de trouver une solution, vous n’y arrivez pas ? Qu’est-ce qui fait que chaque fois que vous essayez d’expliquer, de demander, de proposer… le dialogue se termine soit en escalade (on se dispute), soit en abandon (l’un d’entre vous « s’en va » sans accord), soit en procrastination (vous remettez la suite de la discussion à plus tard sans jamais décider) ?
A mes yeux, c’est le point principal sur lequel le médiateur doit travailler, celui qu’il doit toujours garder à l’esprit. C’est aussi celui qui vous donnera le plus de liberté par la suite: dès lors que vous aurez retrouvé la capacité de vous écouter, vous pourrez vous entendre. Aujourd’hui, chacun d’entre vous parle, mais qui écoute ?
Peut-être pensez-vous en lisant ces lignes: « Mais moi, j’essaie d’écouter. Mais ce que j’entends est inadmissible. Et de plus, chaque fois que je réponds, c’est elle (ou lui) qui n’écoute pas, qui ne m’entends pas. Et puis, comment voulez-vous que je l’écoute, après ce qu’elle (ou il) m’a fait ? Moi, je n’arrête pas de faire des efforts, de céder,… cette fois-ci, c’est assez ! » En disant ou en pensant cela, vous décrivez encore une fois votre réalité, totalement respectable. Le travail du médiateur consiste aussi à s’assurer que l’autre reconnaisse cette pensée comme légitime, lorsqu’on se base sur votre expérience de la relation avec lui ou elle. Et cela sera sans doute possible si, vous aussi, vous acceptez de faire l’énorme chemin nécessaire pour pouvoir dire « si j’étais l’autre, avec son vécu de notre relation, j’aurais sans doute envie de dire ce qu’il ou elle dit, comme il ou elle le dit, de faire ce qu’il ou elle fait, comme il ou elle le fait ».
Ce qui est sans doute le plus compliqué dans ce que je viens d’expliquer, c’est d’arriver à « entrer » dans le vécu de la relation, telle que l’autre l’a vécu. Surtout si ce vécu inclus un acte qui est « réprouvé » par la morale ou le sens commun: le partenaire amoureux qui trompe l’autre, le partenaire commercial qui n’a pas respecté un délai ou la qualité d’une commande…
Pour arriver à cela, l’aide d’un professionnel indépendant, qualifié pour vous aider, peut devenir indispensable.
Négocier devient alors plus simple
Lorsque chacun autour de la table comprend et respecte les besoins de l’autre, connaît et comprend ses alternatives, le travail de négociation devient plus simple – pas nécessairement plus facile. Il n’y a pas toujours un espace de solution qui permettre de résoudre le problème sans que personne ne doive faire de sacrifice, ou en permettant à chacun de gagner. Mais ensemble, on peut trouver des solutions originales, qui font surgir des avantages, des compensations ou des bénéfices auxquels on n’avait pas pensé seul dans son coin. De plus, il est parfois aussi possible de constater que l’on ne peut pas raisonnablement choisir une solution soi-même parce qu’il est clair que toute solution serait nuisible aux uns comme aux autres. Mais être d’accord sur un point aussi important que cela, c’est déjà avoir une solution. J’ai ainsi vu des personnes en conflit retourner devant un arbitre avec un accord de médiation expliquant leur impossibilité à trouver une solution, mais leur volonté de respecter celle qui serait choisie par l’arbitre ou le juge, sachant que de toute manière la solution sera difficile pour chacun.
Dans tout ce travail, le médiateur vous accompagne, vous ouvre des pistes, éclaire des lieux obscurs, soulève les peurs et s’assure qu’elles sont traitées et résolues. Il est là pour montrer la complexité des choses, tester le réalisme des propositions, vous mettre en situation, vous proposer d’essayer avant d’adopter.
Un expert de la communication et un candide du contenu
Si vous vous dirigez vers le médiateur comme vers un expert du contenu, vous risquez de trouver chez lui les avantages et les inconvénients de l’arbitrage: une décision qui ne viendra pas de vous et qui correspond à la vision de la réalité d’une troisième personne.
Le médiateur comme je le vois, et comme j’essaie de le pratiquer, va vous pousser à trouver un chemin de communication avec l’autre, restera aussi candide que possible sur le contenu de votre solution, mais s’assurera que vous en serez devenu les experts et les meilleurs défenseurs dans le futur. Ensemble, vous finirez par défendre une solution qui répondra pour chacun d’entre vous à votre perception de ce qu’est une bonne solution.
Si vous rencontrez un conflit pour lequel vous voudriez tenter de voir comment une médiation pourrait vous aider à en sortir, n’hésitez pas à me contacter par le formulaire de demande de conseil.
